Simplifier sa vie

L’idée se démocratise, cette réflexion réveille de plus en plus de rêveurs embrumés par le rythme acharné de nos folles journées : notre bien-être est aujourd’hui à chercher du côté d’un certain retour au calme.

Nous avons tendance à beaucoup trop remplir notre vie. A la surcharger avec trop d’objets, trop d’activités, trop de stimulations. Ce rythme ne nous est pas toujours adapté, et s’il coïncide parfois avec un vrai besoin d’action, le trop-plein nous guette et rattrape à terme bon nombre d’entre nous.

Éreintés, en proie à la surstimulation du monde moderne, nous en venons à vivre davantage dans la réaction que dans le design conscient de notre quotidien ; et nos journées se résument au final bien souvent à devoir rentrer 25 heures en 24.

La solution ? Réduire le volume, réduire son exposition à tout ce qui vampirise notre temps et notre attention. Sélectionner ce que nous allons chercher dans notre joli monde connecté, en extraire sciemment ce dont nous avons besoin et non plus s’y faire absorber.

« La technologie peut être notre meilleur outil comme notre pire maître », écrivait Brian Tracy il y a maintenant presque vingt ans. Et il en va de même pour nos possessions et nos envies de projets.

Quand « plus » nous conduit à « moins » (avec moins d’épanouissement, moins de sérénité, moins de profondeur), et que « moins » nous conduit à « plus » (plus de sens, plus de satisfaction, plus de conscience et de moment présent), dressons aujourd’hui l’itinéraire vers une vie plus simple mais aussi plus épanouie, car comme nous le verrons : « faire moins, c’est avant tout faire mieux ».

Le minimalisme

Une de nos premières étapes serait donc de mettre le cap vers le minimalisme. Alléger la liste de nos possessions, c’est avant tout contrôler davantage où notre attention se porte.

Et vous noterez la nuance : « mettre le cap ». Inutile de vider ses armoires pour profiter d’un bon tri. Si vous avez de belles collections et qu’elles comptent pour vous, gardez-les. Ce qu’il faut, c’est se débarrasser de l’inutile, pas se dépouiller.

En allégeant ses possessions, on va également mettre son cerveau au repos. En effet, si d’instinct on imagine notre univers comme seulement constitué des objets qui nous entourent, il nous manque en réalité un petit détail. Pour notre cerveau, notre univers est constitué des objets qui nous entourent ET de toutes les actions qu’ils nous suggèrent. Et ça, ça nous fait relier le minimalisme aux neurosciences et parler des affordances !

Une affordance, c’est tout simplement une action que nous suggère un objet. L’affordance principale, si vous êtes en face d’une valise, sera de la prendre par la poignée et de partir avec. Mais pour un enfant de 5 ans, il faudra par exemple rajouter « l’ouvrir et se cacher dedans ». Vous voyez l’idée ?

Si je vous tends un mug de thé avec l’anse du côté de votre main dominante, l’affordance principale sera de loin : « prendre le mug par l’anse avec cette main ». Mais si je vous tends ce mug avec l’anse du côté opposé, les choses se gâtent…

Vous êtes partagé.e entre l’envie de le prendre de l’autre main, de le prendre avec votre main dominante à même le mug et non par l’anse, de le prendre avec les deux mains et de le tourner de manière à le tenir par l’anse avec votre main dominante… Bref, un vrai bazar !

Imaginez, donc, en sachant ce que provoque un simple mug, comment un environnement encombré peut saturer votre cerveau ! Moins de possessions voudra donc dire moins d’encombrement et donc plus de calme.

Et plus de temps ?

Notre capital temps libre est exorbitant ! Et il n’y a qu’à utiliser une de ces applications qui calculent notre temps passé sur les différentes applications de notre téléphone pour le comprendre.

Avec plus de 30 minutes sur instagram par jour en moyenne et environ 1h40 sur notre téléphone au total, il est facile de prendre conscience de la force d’attraction de certains objets de notre quotidien.

Notre temps est vampirisé, notre attention complètement détournée, et si ces chiffres peuvent nous alarmer de prime abord, je propose de les percevoir plutôt comme réjouissants. Car après-tout, c’est ce qu’il y a à la clé, c’est que nous sommes en droit de réclamer pour alimenter nos véritables passions, ce qui nourrit réellement notre bien-être.

Aller à l’essentiel

« Less is more »… J’ai très longtemps trouvé cette ritournelle niaise et vide de sens. Et puis j’ai compris, je me suis aperçu qu’avec la même énergie, on pouvait dans un cas micro-alimenter d’innombrables occupations ou dans l’autre survolter notre vraie passion.

Mais tout n’était pas gagné ! Comprendre que l’on ne peut pas tout faire et qu’il faut introduire dans l’équation cette notion indispensable qu’est le compromis, ça ne fait pas tout.

Cette prise de conscience, ce n’est pas le début de l’autoroute de la sérénité, c’est une patte d’oie. Et la première voie est un peu tristoune : « faire des choix, retirer amèrement des projets intéressants pour arriver à une sélection raisonnable ».

La démarche est un brin pessimiste et peine à réjouir : vous allez devoir abandonner l’idée de vous mettre au piano, de travailler l’italien, de prendre ces cours de danse… Décider de ce que l’on enlève, c’est clairement se pencher sur ce que l’on abandonne.

Mais je vous propose une nouvelle lentille pour observer ce travail. Un changement de point de vue qui fait toute la différence !

Et si vous choisissiez plutôt, parmi tous les projets que vous voudriez mener, non-pas ceux que vous devez abandonner, mais plutôt ceux que vous choisissiez d’amener très loin.

La question devient alors : « qu’est-ce que je choisis de faire à 110% ? », et on tronque le pessimisme et les regrets contre une décision claire et franche en faveur des projets qui vous tiennent le plus à cœur. En faveur de vos essentiels !

Objectifs : ses essentiels ! Un peu de mise en pratique

Le meilleur moyen d’être au clair à ce point de la réflexion, c’est de tracer deux colonnes sur une feuille, et de lister d’un côté ses essentiels et de l’autre ce dans quoi nous dépensons notre temps. Vous le verrez, les deux colonnes n’ont parfois rien en commun !

Passer du temps avec les personnes qui comptent, choyer son corps avec du temps consacré à la cuisine, à la relaxation, à une activité physique qui nous réjouit, alimenter sa passion première, lire et apprendre de nouvelles choses…

Et puis la deuxième : mettre à jour son feed sur les réseaux sociaux, répondre du tac à tac à toutes nos discussions en ligne, jouer à la console, regarder un film chaque soir, etc.
Comparez, recentrez, et gardez à l’esprit que même l’errance est productive. Il est question de pencher en faveur de vos essentiels et non de basculer totalement dans une quête acharnée d’un quotidien estampillé « zéro distraction ». Comme pour le minimalisme, et à vrai dire, comme pour tout, de la nutrition à l’activité sportive, l’idéal est un mieux, pas la perfection. Mieux vous laisse de la place pour vous écouter, la perfection shunte votre instinct et intellectualise la moindre parcelle.

Une philosophie vieille de 2000 ans à la rescousse du monde moderne ?

Enfin, simplifier sa vie, c’est aussi emprunter les grandes allées du stoïcisme aux côtés de Marc Aurèle, Sénèque et Épictète. Une douce marche en direction d’une pensée que l’on croirait fondée de nos jours tant elle s’adapte à merveille à notre monde moderne.

L’exercice est simple : dissocier les éléments dont le résultat est à 100% entre nos mains des éléments dont l’issue ne dépend pas complètement de nous. Ensuite, il ne nous reste plus qu’à tout donner dans le premier cas, et à accepter les situations telles qu’elles sont dans le deuxième.

Se battre corps et âme quand le résultat ne dépend pas uniquement de nous, c’est risquer de s’épuiser pour n’y gagner que l’insatisfaction. L’opinion des autres, la météo (cet exemple fait toujours sourire mais qui n’a jamais croisé personne se plaindre d’un jour pluvieux ? N’est-ce pas, au regard de ce dont on parle, dépenser de l’énergie en vain ?), notre richesse, etc.

Simplifier sa vie, ça aussi mettre un terme à tous ces gouffres à énergie, ces dilemmes et ces évènements dans lesquels nous investissons nos forces, parfois considérablement, et dont l’issue est bien trop indépendante. Comme l’a dit Sénèque : « nous ne souffrons pas des évènements de notre vie, mais du jugement que nous portons sur eux ».

Une approche idéale pour contrebalancer notre penchant naturel pour le négativisme, un aspect de notre psychologie dont nous avions parlé dans le troisième volet de la série « Etre plus zen » : Nos fonctionnements, pourquoi on se concentre sur le négatif et comment y remédier.

En conclusion ?

Moins d’objets donc plus de temps, un panel d’occupations recentré autour de nos essentiels et un joli balayage des futilités pour se protéger des petites toxines du quotidien aka « quel temps de crotte ! »

Simplifier sa vie, c’est revenir à soi et ses grandes passions.

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