Podcast Une vie de yogi #30 – Observer nos émotions avec Tiphaine

Bonjour a tous, vous écoutez une vie de yogi, un podcast de Yogi Lab. Je m’appelle Tiphaine et je suis votre professeure de yoga sur le site yogilab.fr. Vous écoutez l’épisode numéro 30, nous allons parler de l’observation de nos émotions. 

 

C’est un sujet qui revient forcément quand on pratique le yoga, et c’est aussi un sujet que l’on rencontre dans les autres tâches du quotidien : les émotions. En ce moment, encore plus que d’habitude, c’est quelque chose qui est récurrent. On a beaucoup de temps, on travaille de chez nous et on voit moins de monde. Les émotions refont surface. Les rêves sont différents pour beaucoup d’entre vous. 

 

Lorsque nous échangeons, vous êtes nombreux à me dire que vous sentez comme une perte de contrôle des pensées et donc des émotions. Vous étouffez, aussi bien de par le confinement que pas l’amas de pensées dont vous aimeriez vous débarrasser. 

 

Dans une telle situation, que faire pour calmer le mental ? 

 

L’une des premières choses qui semble revenir est que vous en parlez comme quelque chose qui n’est pas normal. C’est pour vous quelque chose qui ne devrait pas être et dont il faut absolument se débarrasser. 

 

Il y a une autre approche a avoir. Les émotions que vous ressentez sont un signal. Elles portent un message. Que ce message soit positif ou négatif n’a pas d’importance pour l’instant. Tout ce que nous avons besoin de retenir ici, c’est que ces émotions sont le signal que quelque chose va bien, ou que quelque chose ne va pas bien. 

 

Il y a des émotions que vous aimez ressentir, d’autres que vous n’aimez pas ressentir. Et entre ces deux catégories, il y a les émotions de complaisance. Celles que l’on n’aime pas ressentir, mais auxquelles nous revenons souvent. C’est récurrent quand on se morfond, quand on a pitié pour soi. Je ne vous dis pas que c’est quelque chose que l’on aime. Mais c’est quelque chose que l’on fait quand même. On sait le faire, c’est connu et on aime ce que l’on connaît. Il est beaucoup plus inconfortable d’aller chercher d’autres émotions.  

 

Toutes ces émotions ont leur place. De toute façon, elles la prennent. Vous avez certainement constaté que bien souvent, quand on essaie de supprimer une émotion, elle revient sous une autre forme ou alors, elle se fait encore plus forte. 

 

La colère, émotion poubelle

 

La colère par exemple, est une émotions poubelle. Ce n’est pas un terme officiel, mais je trouve que c’est une bonne illustration. La colère est une émotion qui, très souvent, survient après d’autres émotions. Elle n’est pas la source, elle vient a cause d’une autre émotion que l’on a supprimée et qui se transforme en colère pour pouvoir faire surface.  

 

Par exemple, si votre patron vous a fait une remontrance, vous allez vous sentir inférieur, inadéquat, et vous tacherez de ne pas le montrer c’est normal. Afin de continuer avec votre journée vous allez même l’éviter totalement. Hé puis la, votre collègue va vous demander ce qui ne va pas… Hop, bonjour colère, vous l’envoyez ballader avec agacement parce que c’est un bon moyen, facile et rapide, de se délester de ce poids. Si ce n’est pas sur votre collègue que vous vous défoulez, c’est dans votre voiture, au premier imbécile qui osera vous couper la route. Vous voyez ce que je veux dire. Si personne ne vous coupe la route, alors en rentrant ce sera sur vos collocs, sur votre partenaire, sur vos enfants… Bref sur ce que vous pouvez. 

 

Beaucoup d’émotions mènent à la colère. Mais la colère toute seule est rare. 

 

Tristesse, incompréhension, peur, angoisse, jalousie… vous voyez ? 

 

En revanche si cette émotion trouve à s’exprimer, alors nous voilà plus rapidement libérés. Au lieu de lutter contre les émotions, observons les et accueillons les toutes. 

 

Vous êtes frustré ? Observez. C’est effrayant de se dire que nous allons faire face à ce qui nous semble si négatif. En gros je suis en train de vous dire d’aller voir volontairement ce qui se passe. C’est comme si vous deviez marcher dans une salle, obscure et remplie d’araignées. 

 

Désolée pour l’image négative, mais au moins, vous voyez bien de quoi il retourne. On a peur. Mais si on entre dans cette pièce, que va-t-il se passer ? 

 

Si vous n’entrez pas dans la salle, alors vous utilisez une autre stratégie. Vous allez contourner la salle dans l’espoir d’éviter ce qui déplait. C’est inattendu cette fois-ci, ca vous tombe sur le nez mais vous voila face a un serpent, sur votre chemin pour contourner la salle. Puis vous voilà face à un lion. Vous avez évité un obstacle mais vous en avez rencontré 2 autres. Tout ca pour faire demi-tour et vous retrouver de nouveau devant votre pièce avec les araignées. 

 

  Pour faire simple, en reprenant notre exemple précédent du patron qui vous fait une remontrance : vous vous sentez inadéquat, inférieur. C’est votre araignée. Alors, vous allez l’éviter en allant trouver le détour. La colère. Pourquoi pas aussi, sur la route, trouver un sentiment d’incompréhension. Tout ça pour revenir a ce sentiment d’infériorité, parce que de toute facon, ca nous revient toujours. Les émotions sont un boomerang. Si vous les balancez très fort pour ne plus les voir elles vous reviennent en pleine puissance. 

 

La solution du journaling

 

Vous êtes certainement en train de vous dire : c’est bien gentil tout ca, mais je fais comment moi alors ? 

 

Observer les émotions et leur faire de la place demande une capacité à se poser et à faire de l’introspection. Il y a des méthodes accessibles a tous. 

 

Premièrement, et Rémi nous en parle très bien dans notre challenge éclosion sur Yogi Lab. Le journaling, l’écriture. Il vous a même créé un outil d’écriture, pour vous guider dans vos premières lignes. Il n’est pas forcément facile de se retrouver devant son journal, les premières fois, et nous avons besoin d’un guide pour savoir quoi écrire, comment s’exprimer. Pour vous familiariser avec cette habitude, vous pouvez aussi écrire votre questions. C’est un bon moyen de trouver le momentum. Ecrire la question : comment je me sens ? peut être le début de plusieurs lignes, ou de plusieurs pages pour exprimer ce que vous ressentez. 

 

Une fois que vous vous êtes exprimé sur ce que vous ressentez, alors vous pouvez revenir dessus et distinguer entre : 

  • ce qui relève de nos actions, ce que nous pouvons changer, ce que nous contrôlons,
  • ce qui relève d’autrui, ce qui est extérieur, ce sur quoi nous n’avons pas de contrôle. 

 

Si vous aimez voir les choses clairement, vous pouvez même dessiner une ligne au milieu de votre page et ranger les idées dans les 2 colonnes selon leur appartenance. 

 

Ensuite, notre mission sera de regarder la colonne “ce qui ne relève pas de mon contrôle” et d’accepter que ces émotions sont là, et qu’elles ont leur place. On leur laisse une place pour l’instant. 

 

Prenons un autre exemple, pour changer un peu. Vous venez de vous faire quitter. Ou alors, vous quittez la personne avec qui vous avez partagé votre vie depuis quelques années. 

Si vous venez de vous faire quitter, alors c’est une farandole d’émotions qui s’offre à vous : tristesse, incompréhension, doute, colère, regret et j’en passe. Si vous quittez la personne alors ce sera certainement de la tristesse, de la culpabilité… quoique ca depend des circonstances bien entendu. Mais bon, vous voyez ou je veux en venir. 

 

Votre journal lira donc : j’ai quitté untel, je me sens lâche parce que j’ai l’impression de quitter le navire, je me sens coupable parce que je l’ai fait pleurer, je me sens en colère parce qu’il m’a dit qu’il ne m’aimait pas tant que ça de toute façon… 

 

Qu’est-ce qui, dans ce que je viens d’énumérer, relève de votre contrôle ? 

En vérité, tout relève de votre contrôle puisque nous pouvons choisir nos émotions, grâce aux pensées que nous choisissons, mais pour notre exercice, voyons de plus près ce que nous contrôlons. 

 

Nous avons dit que nous nous sentons lâche de quitter le navire. Ca c’est bien notre action. Ensuite, nous nous sentons coupable parce qu’elle ou il a pleuré. Ca c’est l’action de l’autre. 

 

Pourquoi il est nécessaire de faire la distinction entre les deux ? 

Hé bien parce que dans un cas, vous pourrez vous concentrer sur vos pensées par rapport à ce que vous avez fait. Quand ça relève de votre contrôle, alors c’est la pensée sur ce que vous avez fait qu’il faudra changer. Quitter le navire, c’est la pensée que vous avez, vous pensez que vous abandonnez et vous ressentez de la lâcheté. Mais c’est une façon de voir les choses. C’est aussi du courage, de quitter le navire pour vous donner une autre chance.

 

Quand ça ne relève pas de vous, alors inutile d’aller changer vos pensées, si une personne pleure, c’est qu’elle est triste. Cependant, vous pouvez alors comprendre que votre culpabilité, et sa tristesse sont 2 choses distinctes. Votre émotion a vous, la culpabilité, est naturelle mais elle est auto-infligée. Même si l’autre tente de vous faire sentir coupable, ca lui appartient toujours. 

 

Quand ça ne relève pas de votre contrôle, observez juste votre comportement et acceptez. C’est un lâcher prise difficile à mettre en place.

 

La solution méditation

 

Tout comme le journaling, la méditation nous aide à bien comprendre ce que nous avons en face de nous. Pour connaitre une émotion, pour mieux se comprendre, et agir en accord avec notre bien être, il nous est d’abord nécessaire de connaître, de savoir qui nous avons en face de nous : ici, quelle émotion fait surface. 

 

La méditation pose cependant des pièges. Premièrement, il est tentant de penser que si nous méditons, alors nous serons bouddha dans quelques jours, mois… Il nous suffit de s’intéresser à l’histoire de Bouddha pour comprendre qu’il n’en est rien. On n’arrive pas a son état avec la méditation seule. 

 

La méditation ne retire pas nos problèmes, nos pensées, nos émotions. La méditation offre une discipline de l’esprit. C’est cette discipline qui nous permet ensuite d’observer les émotions.

 

Si je vous dis, tout de suite, de fermer les yeux et d’observer vos émotions… vous allez certainement avoir quelques difficultés. Déjà, parce que c’est brusque, et ensuite – sauf si vous méditez beaucoup – il faudra d’abord habituer l’esprit à se focaliser sur une chose. 

 

Quand on vous dit d’observer, souvent, c’est le mental qui revient pour aller chercher ce que l’on peut observer. Alors, les pensées font surface pour donner les réponses à la question que l’on s’est posée. Le défi, c’est de laisser le mental faire son travail, et de distinguer entre le mental et les réponses plus profondes. ressenties comme une intuition, comme une sensation dans le corps, comme un son ou une couleur ou texture ou température… et bien d’autres. 

 

C’est un exercice qui, selon moi, est beaucoup plus difficile que les asana pas exemple. 

J’imagine que toutes ces informations vous apportent énormément de questions. C’est normal. C’est le cas pour moi aussi très souvent. 

 

J’aimerais en profiter pour vous dire, que ce n’est pas parce qu’on médite tous les jours que les difficultés s’évaporent. Les difficultés, les événements de notre vie sont toujours là et notre mental les perçoit toujours, notre ego les voit toujours comme des menaces et des problèmes qu’il faut régler. Ce que la méditation apporte, c’est une autre perspective sur la vie. 

 

Ce, jusqu’à ce qu’un nouvel événement vienne remettre les choses en question. Et de nouveau nous voilà eleve, en train de réapprendre tout ce que nous savions déjà. 

 

Il y a de quoi cultiver l’humilité avec ce genre d’exercices. 

 

J’ai bien conscience que nous avons posé pas mal de questions et peut être remis en cause des idées reçues notamment sur  la méditation. Mais j’aime l’idée de déconstruire pour reconstruire ensuite. 

 

Si vous voulez repartir sur des choses plus légères ou plus dans l’affirmation vous pouvez aller écouter l’épisode qui vous parle des émotions négatives. Vous pouvez aussi écouter l’épisode de Pawel, sur les émotions dans le corps. Enfin, il y a l’épisode sur nos 5 afflictions qui pourra aussi vous guider un peu plus. 

 

J’espere que cet épisode vous a plu ! Si vous aimez le podcast une vie de yogi, on serait super contents d’avoir de vos nouvelles en commentaire sur la plateforme que vous utilisez. Vous pouvez aussi nous laisser une note, afin que le podcast soit visible, plutot audible, pour d’autres personnes. 

 

A bientot chers yogis.