Podcast Une vie de Yogi #28 – Nos 5 afflictions (kleshas) avec Tiphaine

Bonjour a tous, vous écoutez une vie de yogi, un podcast de Yogi Lab. Je m’appelle Tiphaine et je suis professeure de yoga sur le site Yogi Lab . fr. Bienvenue dans l’épisode 28, nous allons parler des 5 afflictions, aussi connues sous le nom de kleshas. 

Les kleshas se trouvent dans les yoga sutra de Patanjali. Il nous est expliqué que la cause de notre souffrance dans la vie humaine trouve racine dans ces kleshas, ces afflictions. Patanjali en identifie 5.

Bien entendu, si vous aimez les catégories et les simplifications, alors vous allez adorer cette approche. Si en revanche vous n’aimez pas que l’on dessine des cases pour y faire entrer des concepts, alors vous allez avoir l’impression que c’est une trop grande simplification de l’expérience humaine. 

Je vous propose un entre deux. Nous allons prendre cette simplification comme une carte dessinée au feutre, et qui reprend seulement les voies principales en ignorant les petites routes. Vous voyez ? C’est un guide, un pilier sur lequel nous pouvons faire reposer une réflexion plus approfondie, avec toutes les nuances que nous offre la vie.

En ce moment je suis en train de me replonger dans les yoga sutra de Patanjali pour le niveau 3 de Yogi Academy qui sort très bientôt ! J’ai hâte de continuer cette série avec vous. La richesse des enseignements est telle qu’il y a de quoi en faire un épisode de Podcast comme petite intro aux notions que nous allons voir plus en profondeur ensemble sur Yogi Lab.

Nos 5 afflictions sont : 

  • avidya klesha = ignorance
  • asmita klesha = égoïsme
  • raga klesha = attachement
  • dvesa klesha = aversions
  • abhinidvesa klesha = peur

Une question se pose : doit-on apprendre à vivre avec ? ou doit-on s’en libérer totalement ?

Je suis plutôt d’avis que nous avons tous et toutes ces émotions, avec les pensées qui les accompagnent. Il nous appartient donc de vivre avec. C’est s’en libérer en quelque chose. Elles restent là mais leur poids n’est plus le même sur nos épaules. 

Vous connaissez l’importance des pensées et des émotions à présent. Si vous n’avez pas encore écouté les épisodes sur les pensées et les émotions alors je vous invite à les écouter pour vous faire une idée de la question qui se pose à nous. 

Si j’ai commencé le podcast avec ces 2 notions, c’est volontaire. Chaque épisode suit une logique. Une fois que vous avez bien assimilé l’importance et la différence entre nos pensées et nos émotions alors il nous est possible d’aller plus loin et de parler de notions qui se rattachent encore plus concrètement à la philosophie du yoga. 

Ici, nos kleshas traitent de nos émotions. Patanjali va donc plus loin que simplement aborder les pensées. Souvenez-vous que le premier sutra est : yogas citta vrtti nirodhah.

Vrtti fait référence à nos pensées. Les kleshas font référence aux émotions. Et si je vous dis cela il y a peut être quelque chose qui vous dérange. Peut être qu’une question vous vient à l’esprit… en vous disant que finalement Patanjali a l’intelligence émotionnelle d’une noix de coco. On pourrait penser que 5 émotions… c’est vraiment peu.

Voyez pourquoi j’ai pris des précautions avant d’engager le sujet. On ne nous parle que de 5 émotions, nous pouvons les voir comme des fondations. Il est évident que notre paysage émotionnel, surtout quand on pratique le yoga et la méditation, est beaucoup plus garni que ces 5 seules émotions. 

Voici donc un pilier sur lequel nous pouvons nous fonder pour réfléchir. Nous allons les décortiquer ensemble. 

1) Avidya klesha – l’ignorance

L’ignorance est notre première affliction, c’est elle qui est la source de notre douleur, de notre peine. Elle occupe la première place volontairement, elle est la fondation du reste.

Qu’ignorons-nous, qui nous rend si malheureux ?

Hé bien nous ignorons que nos pensées ne sont pas la réalité pour commencer. Nous ignorons que nos émotions se choisissent. Nous pensons en être les victimes impuissantes. 

C’est l’occasion de mentionner une grande différence culturelle que l’on peut noter avec les écrits de Patanjali. 

Dans notre culture occidentale, la notion de faute et de culpabilité occupe une place importante. Nos religions nous culpabilisent beaucoup et encore aujourd’hui cela se sent dans notre façon d’aborder la vie. Ici, avec avidya, il n’y a pas vraiment cette notion de faute. En fait, on est surtout face à un obstacle et Patanjali nous propose un chemin pour le contourner. 

A cause de cette première affliction, l’humain, qui ignore l’essentiel de son existence, qui ignore qu’il a le choix, va aller chercher les distractions éphémères qui vont amener les autres afflictions.

Mais avant toute chose, comment sortir de l’ignorance ? Hé bien pour commencer, cela ne vous surprendra pas si je vous dis que la pratique du yoga, de la méditation et du pranayama nous aide. C’est le chemin que Patanjali recommande. Il n’y a pas de grand mystère, on peut tout rattacher à des notions terre à terre. Si on médite, on est apaisé, le sommeil est de meilleure qualité, les pensées sont posées. Méditer assis en tailleur ou méditer autrement, chacun son style. 

Si on bouge, alors le corps est en bonne santé. On pense aux muscles mais pensons aussi aux articulations, nerfs, au système lymphatique, au système endocrinien. C’est tout un écosystème qui est optimisé et chouchouté. Il y a bouger et bouger. Ici je ferai plutôt référence aux asanas, qui pour beaucoup, on été pensées pour prendre soin du corps à 360 degrés. Hé puis respirer, on peut le voir comme un moyen efficace d’aider dans le mouvement, mais aussi comme un moyen efficace de prendre soin du mental. 

En pratiquant ainsi, un peu d’ignorance s’estompe, parce qu’alors on prend le temps de bien connaître le corps et on prend le temps de faire connaissances avec le discours intérieur aka nos pensées.

Ensuite, avec ce début de connaissances nous pouvons prendre petit à petit du recul sur nos actions pour comprendre que certaines d’entre elles sont dictées non pas par des intentions volontaires, mais sont la réaction a des pensées et à des émotions. 

Passons à notre deuxième obstacle, notre 2e affliction est asmita (égoïsme)

2) Asmita – l’égoïsme 

Je vais en profiter pour parler avec vous très très rapidement de l’égo. L’ego est un mot qu’on utilise beaucoup dans son acception négative

Ne confondons pas ego et égoïsme. Ce que nous devons chercher à éviter n’est pas tant l’ego que ses excès. Asmita est reliée à Avidya. 

L’idée est que : puisque nous ignorons notre vraie nature, nous nous attachons au “je” pour trouver notre identité. Nous nous attachons à l’égo, et nous le faisons dans l’excès. Cet attachement à l’ego peut aller dans 2 sens. Soit on a un excès de confiance en soi, on pense beaucoup à soi, à notre parution dans la société, on a une opinion très haute de nous même et on se place au dessus des autres. 

L’autre possibilité est qu’on n’a pas confiance en soi, on se place en dessous des autres, on se dit qu’on ne vaut rien. On prend la critique très à coeur et on se dévalorise. On peut penser que dans ce cas il y a un manque d’ego, mais pas du tout… c’est aussi un excès d’égo, mais dans l’autre sens. 

L’ego modéré se fiche pas mal de ce que l’on pense de lui, ou même de ce que les pensées peuvent laisser entrevoir. L’égo modéré sait nous protéger quand il le faut, mais il reste que nous n’avons pas d’excès dans un sens ou dans l’autre.

Comment sortir de l’égoïsme ? Il faut remonter la chaîne, et arriver à Avidya. En ayant laissé l’ignorance se dissiper, en se découvrant grâce à notre pratique, alors l’ego reprendra une place moins imposante.

Continuons avec raga – l’attachement.

3) Raga – l’attachement 

 Cela rejoint ce que nous avons vu plus haut avec l’égo. Notre point de repère devient l’égo, faute d’autre chose pour s’identifier. L’excès d’égo amène forcément à l’attachement. L’attachement à soi, mais aussi l’attachement aux autres et aux objets. 

L’exemple parfait pour illustrer cela est le couple. Beaucoup de couples entretiennent une relation dans laquelle l’un n’existe pas sans l’autre. 2 égos viennent se compléter, s’entraider. Seulement, c’est un équilibre précaire. Si l’un venait à se séparer de l’autre alors c’est la chute. Je vous donne cet exemple en amour, mais il existe la même chose en amitié. 

Avec un tel attachement à autrui, vient forcément le moment des attentes déçues. En plaçant tant d’espoir dans une autre personne, il y a aussi des chances d’être déçu. 

Je ne vous dis pas qu’il ne faut pas avoir d’amis, ou de relations amoureuses. Je ne vous dis pas non plus de ne rien attendre des autres. Il est bon d’attendre des autres ce qui nous semble important. 

Cependant, que se passe-t-il si nos attentes ne sont pas satisfaites ? 

L’attachement est donc un obstacle car il nous empêche d’avancer, de se lancer, mais surtout il nous empêche de voir clairement les choses. L’attachement est un prisme qui nous pousse à agir pour ne pas perdre ce que l’on a. Cette motivation peut être très positive, il vaut mieux que l’on ait envie d’agir pour rester avec nos proches et nos amis. Mais jusqu’où ?

Avoir une relation saine avec soi même c’est aussi se permettre de ne pas s’attacher de trop et c’est aussi reconnaître que la liberté de chacun ne peut pas nous affecter éternellement, ou nous pousser à faire des choses que nous n’aurions jamais faites en temps normal. L’attachement nous fait perdre le recul.

Si une personne avec laquelle on travaille décroche un super contrat ailleurs, l’attachement pourrait pousser a reprocher a cette personne d’être un traître. Mais alors, notre attachement et notre égo sont dans l’excès, sauf bien entendu si un contrat ou un accord tacite vous lie. Si cette personne n’a pas profité de vous pour décrocher ce contrat alors c’est juste votre attachement et votre égo qui parle. 

De même, si c’est vous qui décrochez ce contrat, vous n’êtes pas forcément un traître. C’est juste l’ego et l’attachement de votre interlocuteur qui parle. C’est un moyen de se protéger aussi, que de mettre une étiquette de traître sur une personne qui nous a fait du mal. 

MAIS ce mal aurait pu être évité, avec un égo et un attachement moins prononcés. Ces désirs, ces attachements peuvent être contrôlés par un esprit discipliné et qui se connaît assez pour avoir le recul  et comprendre que nous avons cette tendance à l’attachement. 

Nous arrivons à notre 4e affliction, dvesa, qui veut dire Aversion ou rejet. 

4) Dvesa – l’aversion 

 

C’est la suite de raga. Que se passe-t-il quand nos désirs, quand nos attachements sont déçus ?

Nous rejetons. Nous rejetons la personne, nous rejetons la faute sur l’autre. Pourquoi ? Pour s’éviter trop de douleur. 

Nous rejetons également des choses qui seraient positives pour notre développement personnel. Nous préférons nous terrer dans le rejet, nous protéger que de faire face a notre déception

Nous en resterons à la pensée que l’autre est un “traître” sans aller chercher à comprendre ce qui a pu motiver l’autre. Bien souvent pourtant on se rendra compte que chacun a son histoire. Chacun vit dans son monde et n’agit pas par méchanceté ou par malveillance. 

Il y a des gens malveillants qui sont la pour profiter des autres et nous pouvons faire confiance à notre intelligence pour les identifier, mais il n’y a pas que cela. 

Bref, la peur de souffrir amène parfois plus de souffrances que l’objet de notre peur. 

 

Prenons un exemple un peu plus léger. Imaginez que vous savourez une tasse de chocolat chaud. une fois terminée ce plaisir éphémère laisse place a du regret, voire de la tristesse, de l’envie d’encore. Cet attachement pourrait nous pousser à aller en chercher encore. Mais est-ce vraiment bon pour nous ?

C’est d’ailleurs une très bonne question à poser quand on veut savoir si on a envie, ou plutôt besoin de quelque chose ou si c’est une pulsion qui nous vient de l’attachement. Avant d’agir, on peut se poser la question : est-ce que j’en ai besoin ? ou est-ce que j’agis parce que je suis attachée a cette chose ?

 

Dvesa – l’aversion est aussi très liée à notre 5e et dernier klesha. 

Voyons maintenant abhinivesa, la peur de la mort. 

 

5) Abhinivesa – la peur de la mort

Abhinivesa, c’est la peur, mais ici nous allons partir du principe que la peur de toute chose est dérivée de la peur de la mort. Cela peut être aussi la peur de la mort de l’ego, par exemple avec une crainte d’être humilié en public. 

La peur est naturelle, normale, souhaitée. Certains réflexes du corps sont justement là pour nous protéger, pour vivre. Le corps oeuvre pour vivre. Il met en place ce qu’il faut pour maintenir son fonctionnement en bonne santé. 

Simplement, encore une fois, c’est un déséquilibre dans cette peur qui nous pousse à agir ou à ne pas agir. Cette peur aussi est dérivée de notre premier klesha, l’ignorance. Nous ne savons pas ce que nous sommes hormis un égo et hormis un corps physique, auxquels nous nous attachons. 

Cet attachement est mis en péril avec la mort, a tel point d’ailleurs qu’elle est un sujet très tabou dans notre culture.

Il est bon d’avoir un peu d’instinct de survie tout de même donc ici le conseil n’est pas de vous dire de sortir et faire n’importe quoi. Simplement, il y a peut être certains blocages que vous rencontrez et qui peuvent trouver racine dans cette peur que nous connaissons absolument tous, sauf si nous avons un dysfonctionnement cérébral.

Si vous parvenez à identifier ces automatismes, ces blocages dictés par Abhinivesa, alors cela pourrait vous aider à mieux comprendre vos comportements pour les changer progressivement. 

on retrouve notamment cette peur dans la peur du changement. Hé oui, nous sommes attachés au statu quo et nous n’aimons pas le changement, il menace nos acquis. Notre peur nous pousse à voir la menace plus que l’opportunité. 

Ca nous amène encore une fois à notre premier klesha, l’ignorance. Si nous savions par quoi sont dictées certaines de nos décisions alors nous en souffririons peut être moins. Nous aurions alors un savoir plus grand. 

La boucle est bouclée. J’espère que cet épisode vous a plu et qu’il vous a permis de mettre en pratique ce que l’on connaît déjà grâce aux autres épisodes. 

J’ai adoré partager ce moment de philosophie avec vous. Pensez à vous abonner au podcast sur la plateforme de votre choix, et vous pouvez aussi nous laisser une note ou un commentaire ! Ca me fera très plaisir de vous lire. 

En attendant le prochain épisode, il ne me reste plus qu’à vous remercier pour votre écoute. A très bientôt chers yogis.