Podcast Une vie de yogi #25 L’empathie avec Tiphaine

Bonjour a tous, vous écoutez une vie de Yogi, un podcast de Yogi Lab. Je m’appelle Tiphaine et je suis votre professeure de yoga sur le site www.yogilab.fr. Je vous présente l’épisode numéro 25, nous allons parler de l’empathie.

Le sujet de l’empathie semble important tant on entend des phrases comme “cette personne manque vraiment d’empathie”, ou encore “je suis une personne très empathique qui ressent toutes les émotions”…

 

Sur le spectre de l’empathie nous avons les personnes qui se disent capables de ressentir les émotions des autres. De l’autre côté nous avons les personnes qui semblent incapables de se mettre à la place d’autrui. D’où, parfois, un commentaire désobligeant sur lequel on mettra alors l’étiquette : “manque d’empathie”. 

 

Je vais vous avouer quelque chose que j’ai hésité à vous dire. Quand quelqu’un de mon entourage me dit “cette personne manque totalement d’empathie”, la seule chose à laquelle je pense, c’est que pour dire une chose pareille, il faut soi même s’être soustrait à l’exercice de l’empathie. 

 

Quand on dit d’une personne qu’elle n’est pas empathique, c’est alors que l’on ne fait pas l’exercice de se mettre à la place de ladite personne pour comprendre ce qui a pu générer un comportement, ou une parole.

 

L’empathie est-elle un piège ? 

 

Ca nous amène déjà à définir ce qu’est l’empathie. J’ai tapé empathie dans mon moteur de recherche. La définition qui en est donnée est : Capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent.

 

En bref on se met à la place d’autrui. On imagine ce qu’une personne ressent. L’empathie est un piège, parce qu’on pourrait avoir l’impression de faire preuve d’empathie quand, en réalité, on se construit juste notre interprétation de ce que l’on pense qu’une personne va ressentir. 

 

Ce que l’on imagine qu’une autre personne va ressentir est forcément, au moins en partie, faussé. Nous avons notre propre éducation, notre propre système de pensée, nos valeurs et nos préférences. C’est avec ce spectre que nous voyons, enfin, pensons voir ce que les autres ressentent. 

 

Quand on se dit empathique, on vient surtout dire que nous sommes une personne qui fait l’effort de construire une pensée pour se mettre à la place de l’autre, qui fait un effort pour imaginer ce que l’autre ressent et pense.

Prenons un exemple concret. 

 

Vous êtes salarié dans une petite entreprise. Vous avez pour mission de fournir les tâches x et y, c’est ce pour quoi vous êtes formé, vous êtes très content. Un jour votre patron vous demande de faire une tâche plus vite que ce que vous avez l’habitude d’exécuter, en plus elle vous le demande assez froidement et vous n’avez pas le temps de poser vos questions qu’elle est déjà partie. Vous vous lancez dans votre mission. Certaines tâches sont compliquées, nécessitent que vous alliez chercher a droit a gauche pour trouver des informations. Vous restez plus tard le soir et vous arrivez un peu plus tôt le matin pour finir a temps, même si vous aviez prévu de passer une soirée romantique avec votre partenaire. Ce dernier ou cette dernière n’a pas manqué de vous faire des remontrances, ca s’est soldé en dispute pour le peu de soirée qu’il vous restait. En plus, vous n’êtes vraiment pas lève tôt, c’est une prouesse énorme de vous lever à une heure pareille le lendemain matin. Vous terminez dans les temps et vous envoyez votre travail avec un peu d’avance même. En plus vous avez dérangé 2 autres collègues pour vous relire, donc vous savez très bien que vous leur êtes redevable. Bref vous avez pris beaucoup de risques, fait des compromis, pour satisfaire votre patron. Seulement voila, c’est seulement 3 jours plus tard que votre patron vous écrit pour vous dire merci. Et encore, on pourrait presque croire que ca lui a écorché les doigts de le taper. D’ailleurs, elle n’est même pas venue vous voir pour vous remercier personnellement. Vous vous sentez vraiment mécontent-e, et vous vous dites que votre patron n’a aucune reconnaissance et qu’elle ne sait vraiment pas se mettre a votre place. 

 

C’est alors qu’on se dit que cette patronne matronne ou patron je ne sais pas comment on dit, bref que cette personne manque d’empathie. Vous n’avez pas reçu ce que vous vouliez recevoir. Aucune reconnaissance, aucun égard par rapport à votre emploi du temps chargé. En plus vous n’avez même pas pu vous opposer à quoi que ce soit puisque vous n’avez pas eu l’occasion d’échanger davantage. Il y a forcément de la rancoeur. 

 

C’est comme cela que l’on pourrait définir le manque d’empathie en fait. C’est le fait que la, votre patron ne s’est pas demandé si vous aviez prévu des choses, n’a pas pris de temps pour échanger avec vous. Et pire, elle n’a pas pris le temps pour vous remercier après tous les sacrifices que vous avez faits.

 

J’espère que cette illustration vous aide à voir ce qu’est le manque d’empathie même si je pense que c’est bien l’idée que vous vous en faisiez. 

 

Prenons un autre exemple, on va changer. 

Vous êtes à la tête d’une équipe, hé oui comme la semaine dernière. Votre département coûte plus d’argent à l’entreprise qu’il vous rapporte, vous recevez de grosses pressions financières. En gros si vous ne rentabilisez pas tout ça, la dure loi du business va vous pousser vers la porte de sortie ou vous obligera à pousser une partie de votre équipe vers la sortie. Pour arranger le tout, hier, votre chien s’est fait écraser (désolée pour mes supers exemples si joyeux)… Certaines personnes de votre équipe arrivent souvent en retard, au moment ou vous avez besoin d’eux pour travailler sérieusement afin de renflouer les caisses de votre département, pour vous permettre d’assurer leur travail. Vous donnez donc un travail important a votre équipe. C’est la mission qu’elle est en effet censée accomplir, c’est ce qui est bien dans leur fiche de mission. Vous faites vite et bien pour créer une explication claire, tout en gérant à côté les mille tâches qui vous incombent et les pressions de vos supérieurs, tout en cherchant des solutions pour lever plus de fonds. 

Vous gérez aussi votre famille qui vient de perdre son chien, et votre grand mère qui est malade. Bref vous avez du pain sur la planche. Heureusement que votre équipe est avec vous. Votre équipe fait du bon travail et rend tout à temps. C’est le début de la suite pour vous qui devez relire, corriger, enrichir, mettre en place leur travail pour envoyer à vos supérieurs. Vous vous dépêchez tout en faisant bien pour honorer votre équipe. Vous devez faire très vite, et bien, parce que vous devez amener votre grand-mere chez le médecin et il vous reste à peine 1h. Dans cette heure, vous parvenez malgré la masse d’emails, à remercier votre équipe par écrit. Vous avez pris le temps de rédiger quelque chose. Vous vous en félicitez car ce n’était pas gagné, vous n’avez d’ailleurs pas eu le temps de répondre au dernier mail de votre boss. 

 

Seulement voilà, votre équipe vous reproche de ne pas leur avoir fait part de votre reconnaissance. Et la vous avez l’impression d’être acculé, d’être totalement sous l’eau et avec une équipe qui, décidément, n’a aucune reconnaissance pour votre travail, qui n’essaie pas de comprendre la situation délicate dans laquelle vous vous trouvez. 

 

Nous nous trouvons finalement avec la meme histoire, la meme situation, mais deux perspectives différentes. Il est donc assez facile, généralement, de se sentir incompris. Il est plus difficile d’aller chercher à comprendre l’autre. C’est humain bien entendu. Simplement, on en revient à cette idée que l’autre est responsable de ce que l’on ressent. Dans notre premier cas, en tant que salarié, nous donnons la responsabilité de notre manque de reconnaissance a notre patron. Dans notre deuxième cas, nous donnons la responsabilité de notre sentiment de débordement à nos collègues, à notre équipe. Nous leur en voulons car ils ne se mettent pas à notre place.

 

C’est pour cela que je posais la question, au tout début, de l’empathie comme étant un piège. Pourquoi ? Parce que l’empathie, c’est quelque chose que l’on donne. Le fait de la donner nous fait attendre la meme chose en retour. C’est normal, et vous avez le droit d’attendre cela des personnes qui vous sont proches. Mais gardez vous aussi des déceptions que le manque d’empathie de certaines personnes. La seule chose que vous pouvez attendre de vous, c’est de la donner aux autre en essayant d’imaginer ce qu’ils ou elles peuvent ressentir dans telle ou telle situation. 

 

Dans notre exemple numéro 1, en tant que salarié on se dit que notre patron s’en fiche, que c’est une personne ingrate qui n’est pas capable de donner de la reconnaissance à ses salariés. Dans l’exemple numéro 2, on se dit que notre équipe n’a aucune empathie puisqu’elle n’est pas capable d’imaginer la masse de travail et la pression qui nous acculent. 

 

Il y a un autre piège avec l’empathie, que ce soit quand on la donne ou quand on la reçoit.

 

Nos attentes et nos principes

 

Ce deuxième piège concerne nos attentes et nos principes. Il est possible que cela vous paraisse assez flou donc nous allons élaborer ensemble sur le sujet. 

 

Lorsque nous nous disons empathiques, nous faisons l’effort de nous mettre à la place des autres. Simplement, nous le faisons avec notre code de valeurs et de principes, avec notre vision des choses. Nous imaginons la situation avec notre perspective. 

 

L’empathie nécessite que nous coupions totalement notre vision des choses pour ne terminer qu’avec une vision ouverte a toutes possibilités. Pourtant, faire preuve d’empathie peut nous amener à des erreurs. 

 

Voyons un exemple ensemble, quelque chose de très très simple. Vous écrivez un message à votre amie. Elle ou il ne vous répond pas. Soit vous vous agacez, vous ne faites pas preuve d’empathie puisque vous ne voyez que votre émotion, vos pensées face à l’absence de réponse. Si vous vous essayez à l’exercice d’empathie, vous allez vous dire : elle ou il est très occupé. Si vous connaissez très bien votre amie alors il y a des chances pour que vous connaissiez la raison de la non réponse. Admettons cependant que c’est une connaissance, mais pas quelqu’un que vous connaissez si bien. 

 

Avons-nous raison en supposant que la personne est occupée et ne peut pas répondre. On a l’impression que l’empathie nous a mis à la place de cette personne, nous a donné une justification. Cependant, il se peut que cette personne ne réponde pas pour mille autre raisons. Parce qu’elle ne veut pas nous parler, parce qu’elle ne va pas bien et ressent le besoin de s’isoler, parce qu’elle a perdu son téléphone. 

 

Evidemment je me doute que lorsque vous faites l’exercice de vous  mettre à la place d’une personne, que ce soit par amitié pour par intérêt personnel pour justifier un comportement, vous envisagez plusieurs possibilités. Mais il arrive, bien souvent, que le cerveau soit un peu paresseux et que l’on oublie de le faire pour trouver un raccourci, et parfois, commettre des erreurs dans notre appréhension des événements.

 

Une personne qui me pleure pas à un enterrement est-elle une personne insensible ? Ou une personne si bouleversée que les larmes ne coulent pas ? Une personne qui rit lorsqu’elle apprend une terrible nouvelle est-elle un monstre ? Ou est elle sous le coup des nerfs, face à un choc ? 

 

Une personne qui ne vous sourit pas est elle une personne froide qui ne vous aime pas ? Ou une personne absorbée dans ses pensées, une personne qui a peut être passé une mauvaise journée ?

 

Il est toujours plus facile de ressentir de l’empathie pour les personnes qui sont proches de nous. Je n’ai pas les qualifications pour vous l’expliquer, mais je pense que vous serez presque tous et toutes d’accord pour dire que vous pouvez plus facilement ressentir le chagrin, enfin, imaginer le chagrin de l’autre quand il s’agit de votre frère ou soeur, de votre parent, de votre amie proche. 

 

Bref, tout ce blabla pour vous dire que l’exercice de l’empathie n’est pas si simple et que, même avec bonne volonté, il se peut que nous commettions des erreurs. L’idée avec l’empathie n’est finalement pas tant de se dire : je vais me mettre a la place des autres pour comprendre exactement ce qu’ils ressentent. L’idée serait plutôt de se dire qu’il y a toujours des nuances dans les comportements des autres, dans leur approche face aux événements. Nous pouvons faire de notre mieux pour etre se mettre à leur place, mais tout ce qui émane de ce comportement nous appartient, il s’agit de notre interprétation et de notre façon de voir les choses. 

 

L’empathie est-elle une faiblesse ?

 

Il y a peut être une question qui vous est déjà venue concernant l’empathie. S’agit-il d’une force ou d’une faiblesse. 

 

Vous avez peut être déjà entendu quelqu’un dire : je suis tellement empathique que je souffre beaucoup, je pleure beaucoup, je dois me protéger. C’est peut être ce que vous pensez vous aussi. 

 

Précédemment nous avons vu ensemble que l’empathie est quelque chose que l’on attend des autres, mais je sais que si vous écoutez ce podcast, c’est aussi parce que vous savez la donner. D’ailleurs bien souvent quand on se dit empathique on  n’a pas l’impression de donner. Au contraire, on a plutôt l’impression de recevoir. Recevoir quoi ? Recevoir les émotions des autres. 

 

Nous ne recevons pas les émotions des autres. Nous réagissons à notre interprétation d’une situation. Notre émotion n’est pas celle de la personne qui est en face de nous. Notre émotion première dans le cas de l’empathie est justement, l’empathie, c’est le fait de se mettre à la place d’une personne. Ensuite nous vient l’émotion que l’on a attribué à la situation.

 

Il y a des évidences. Si vous êtes empathique et que votre amie vous annonce qu’il ou elle se marie, vous allez ressentir énormément de joie, sa joie, la vôtre pour cette personne, la joie que vous imaginez que votre amie ressent dans une telle situation heureuse. 

 

Et de même, vous savez faire la part des choses. Si vous savez que culturellement votre amie est obligée de se marier, alors votre empathie ne vous mettra plus sur la voie de la joie, mais plutôt sur la voie de la compassion, du soutien, de la présence bienveillante et solidaire. 

 

Finalement, ce n’est pas des autres que vous devez vous protéger. Les autres ressentiront leurs émotions, les autres continueront à ressentir et si on suit ce raisonnement, on se coupe du monde. Ce qu’il faut savoir gérer quand on est très empathique, c’est finalement nos propres émotions. Notre propre émotion, la première, celle de l’empathie. , car nous construisons cette émotion, et toutes les pensées et autres émotions qui en découlent après.

 

L’empathie est donc une force, une force que l’on peut cultiver. Si vous avez l’impression de ne pas avoir tous les outils pour cultiver l’empathie, sachez que ce n’est pas irréversible car l’empathie s’apprend. Au Danemark, l’empathie est enseignée à l’école par exemple, et c’est obligatoire depuis longtemps !

 

La lecture aide énormément, nous allons profondément dans la vie d’un personnage, fictif ou réel. Il n’y a pas que la lecture bien entendu. Et si vous ressentez des émotions très facilement, alors la méditation vous aidera énormément, ce sera votre moyen de vous recentrer sur vous, de poser les pensées et émotions et prendre le recul nécessaire pour comprendre que la construction vient toujours de nous et uniquement de nous. 

 

J’espère que cet épisode vous aura aidés à mieux comprendre l’empathie et a peaufiner votre approche sur le sujet. 

 

Je vous remercie pour votre écoute et je vous dis a la semaine prochaine !

Plan de l'article
    Add a header to begin generating the table of contents