Podcast Une vie de yogi #22 Donner et recevoir avec Tiphaine

 

Bonjour a tous, vous écoutez une vie de Yogi, un podcast de Yogi Lab. Je m’appelle Tiphaine et je suis votre professeure de yoga sur le site www.yogilab.fr. Je vous présente l’épisode numéro 22, et notre sujet aujourd’hui est donner et recevoir. 

 

Au cas ou vous ne vous en doutez pas, nous sommes toujours dans notre série sur les fêtes. J’avais envie d’attendre ce moment de l’année pour vous parler d’un sujet important : donner et recevoir. Généralement, donner, on sait faire, et recevoir, on a parfois du mal, ou alors on a l’impression de ne pas recevoir ce que l’on attend, ce que l’on souhaite. 

 

Cette attente déçue, ou ce refus de recevoir comme si c’était mal, ou comme si nous ne le méritions pas présentent une occasion de ressentir de la tristesse, de la frustration. Surtout, elles donnent lieu à des opportunités manquées, ou encore, elles donnent lieu à des incompréhensions. C’est en cela que j’estime que c’est un sujet important. 

 

Recevoir

 

Recevoir est un acte positif, si tant est que l’on sait aborder cet acte. Donner est un geste positif également, encore faut-il que nous soyons clairs sur nos attentions et nos attentes.

 

Savoir recevoir est selon moi très lié avec ce que l’on estime mériter. C’est donc tres lie avec notre estime de nous. Et quand je parle de recevoir, je parle bien entendu de cadeaux physiques, de matériel, mais je parle aussi de choses plus subtiles, qu’il s’agisse de compliments, mais aussi de bonnes nouvelles, de réussites, de succès. 

 

Ce que je vous dis paraît peut être absurde mais je vous propose tout de même de vous poser la question : est-ce que vous recevez pleinement ce qui vous est offert ? Si je vous le demande, c’est parce que sans le savoir, j’ai longtemps refusé ce qui m’arrivait, ou alors je l’ai laissé de côté sans le savourer. Je l’ai fait inconsciemment, parfois volontairement quand j’estimais que ce qui m’arrivait n’était pas mérité.

 

Pour vous mettre en situation il suffit de vous imaginer que l’un de vos amis vous fait un compliment, sur votre façon d’être, sur une action que vous venez de faire et qui l’inspire par exemple. Comment réagissez-vous ? Savourez-vous ? Vous sentez-vous important-e ? Ou peut être que c’est le contraire et que vous vous sentez gené-e par un tel compliment, comme s’il ne vous appartenait pas, ou comme s’il n’était pas mérité. 

 

Dans les deux cas, il y a quelque chose d’important à retenir. Tout comme la critique négative que vous recevez, la critique positive, elle aussi, ne vous appartient pas. Elle vient d’une autre personne et si cette autre personne vous fait une critique, qu’elle soit positive ou négative, c’est cette personne qui en est l’auteur et qui, a priori, ressent quelque chose de positif en vous émettant cette critique. 

 

Pour autant, le même mécanisme que la critique négative s’applique. Je ne sais pas si vous vous souvenez que dans l’épisode 11 je vous proposais l’idée que la critique négative que nous recevons peut soit nous permettre de nous remettre en question utilement, soit n’être que constitutives de paroles émises par une autre personne qui n’a pas appris à gérer ses propres pensées et émotions. 

 

Hé bien c’est pareil avec la critique positive. Il vous appartient de la prendre ou non. Pour ma part, je faisais tout l’inverse : 

  • je prenais à bras ouvert la moindre critique négative qui venait valider mon manque de confiance en moi
  • je rejetais toute critique positive sous prétexte que la personne en face de moi se trompait vraiment

C’était si automatique que je n’avais jamais pris de recul sur ce phénomène. 

 

Je n’avais jamais remis cela en question jusqu’au jour ou, pendant un cours, dans un posture habituelle, assise, la pince assise, Farida, mon mentor, nous a proposé de poser nos mains paumes vers le plafond. C’est une variante inhabituelle et qui, étrangement, m’a laissée très inconfortable, comme si je ne voulais pas exposer mes paumes de mains. 

 

D’ailleurs, je vous propose cette petite variante dans l’un de mes cours, je ne sais pas si vous l’avez déjà croisé ! Farida nous a alors invités à contempler notre capacité à recevoir. Et la, je me suis aperçue que j’avais énormément de difficultés à recevoir. Peut-être que cette visualisation vous permet aussi d’identifier quelque chose dont vous n’aviez pas forcément conscience. Et si c’est le cas, tant mieux car nous sommes la pour travailler sur ce point. 

 

Souvenez vous que quand une personne nous fait un commentaire, nous dit quelque chose, cela ne dit rien sur nous. C’est simplement une traduction verbale de ce qu’une personne pense de nous. Ce n’est pas la traduction de ce que nous sommes. Bien sur, ca peut l’être si la personne nous connaît, ou si la personne en face de vous a la capacité de bien juger les gens. 

 

Cet élément peut déjà nous aider à accueillir aussi bien les compliments que les critiques négatives. 

 

Il en va de même pour les objets, pour le matériel. Si vous ressentez une certaine gêne à recevoir quelque chose que l’on vous donne, restez dans l’assurance que si cela vous a été donné, ce n’est pas parce que dans l’absolu vous le méritez, c’est parce que la personne qui vous l’offre avait envie de vous l’offrir.

 

Recevoir, c’est aussi être vulnérable. J’aborderai le sujet de la vulnérabilité dans un autre épisode, nous allons donc brosser le sujet pour arriver à l’essentiel de ce que je souhaite vous proposer aujourd’hui. Recevoir, c’est ouvrir. 

 

En yoga, l’ouverture du coeur se pratique d’abord physiquement. C’est une très bonne façon d’explorer quelque chose que l’on pourra ensuite pratiquer mentalement. Si vous pratiquez déjà le yoga, peut être aurez vous noté que vous pouvez facilement vous recroqueviller vers l’avant. Peut être même que vous êtes en train de le faire maintenant ! Les épaules vers l’avant, le coeur en arrière. Certes, c’est du a ce qu’on appelle une mauvaise posture, mais symboliquement, le fait de sortir un peu le torse vient nous rendre vulnérable. Essayez d’entrer dans un pièce pleine de mon aves des épaules ouvertes, un buste fier. Ce n’est vraiment pas facile, en partie parce qu’on se sent exposé, ouvert, prêt à recevoir….

 

Notre vulnérabilité est une force si on sait bien l’utiliser, mais en l’occurence, c’est elle qui nous empêche de recevoir. Si ca vous parait encore un peu flou, je vais vous donner un exemple. Peut-être deux, même, au cas ou le premier ne vous parle pas vraiment. On a parlé d’amour dans le précédent épisode. C’est un bon exemple. Vous est-il déjà arrivé de vous fermer à l’amour qu’une personne peut vous porter, de le refuser ? Encore une fois bien souvent on ne s’en rend même pas compte, mais on le fait ! Pourquoi ? Pour ne pas être vulnérables. Parce que si on reçoit cet amour, si on s’ouvre à cet amour, on pense anticipe la blessure, la trahison ou autres. 

 

Si on se ferme à cet amour, on se sent alors protégé contre les potentielles blessures. Est-ce que ca ne vous donne pas l’impression, tout de même, que l’on se ferme bien souvent des portes ? 

 

Voyons ensemble un autre exemple qui tombe à pic… les cadeaux. Faites-vous partie des personnes qui adorent recevoir des cadeaux et qui sont les premiers à proposer des idées ? Certains et certaines d’entre nous vivent tout l’inverse, c’est à dire qu’il nous est difficile de recevoir un cadeau. 

 

Quand on y pense, c’est lié à plusieurs choses. Tout d’abord un cadeau, c’est un message. Le choix de la personne en face de nous vient nous démontrer comment nous sommes perçus. Souvent, ce n’est pas facile à appréhender. Ajoutez à cela le besoin irrépressible de lire les intentions derrière ce présent, et vous voilà partis dans des suppositions. 

 

L’une de mes amies reçoit, pour chaque Noel, de la part de sa tante, des livres sur le développement personnel, surtout qui tournent autour du : contente toi de ce que tu as, trouve le bonheur. Selon le contexte nous pouvons interpréter cela de plusieurs façons. 

 

Première possibilité, supposons que notre tante est une personne que nous voyons comme mal intentionnée. C’est une impression que nous avons développée au fil du temps, au fil des remarques que nous avons estimées désobligeantes. Il se peut tout à fait que cette personne soit mal intentionnée, et il se peut aussi que nous ayons créé cette réalité. Pour nous y aider, rien de mieux que notre biais de confirmation. Nous en parlerons très bientôt d’ailleurs. 

 

Si vous êtes dans cette réalité, vous verrez certainement le mal dans ses intentions, vous vous direz qu’elle veut vous passer un message négatif, qu’elle vous voit comme une personne qui n’est jamais contente, une personne qui a besoin de soutien, qui ne sait pas prendre soin d’elle. 

 

Seconde possibilité, vous voyez votre tante comme une personne qui vous inspire, elle est pour vous un modèle de réussite. Soudain, ces mêmes livres, ce même geste prend une tout autre ampleur. Vous allez y voir un moyen de suivre son exemple, un moyen aussi de vous rapprocher d’elle. 

 

Bien entendu il y a aussi la situation ou ce sont des cadeaux choisis à la va-vite, sans réelle autre intention que d’avoir quelque chose a offrir pour Noël… Dans ce cas nous n’aurons rien a y voir d’autre. 

Cela nous amène à notre deuxième partie de cet épisode. Nous avons vu comment recevoir, nous allons maintenant voir l’autre côté du spectre : donner. 

 

Recevoir pleinement, c’est embrasser notre vulnérabilité et se détacher un peu des pensées qui pourraient entourer l’acte de recevoir. C’est aussi accepter que l’autre a eu une intention à notre égard. 

 

Pourquoi on donne ?

 

Pour ce sujet, j’aimerais que l’on pose surtout la question suivante : pourquoi on donne ? Cela aura aussi un lien avec la façon que nous avons de recevoir. 

 

Je vais vous expliquer. Si vous avez tendance à donner en attendant un retour, vous aurez peut être aussi tendance à ne pas aimer recevoir, parce que vous vous direz que la personne en face de vous attend la même chose. 

 

En revanche, si vous aimez donner, juste pour le geste, il se peut que vous soyez aussi plus à même de recevoir. Je ne dis pas que c’est toujours le cas. Il se peut aussi que vous aimiez donner, mais que recevoir soit plus compliqué parce que vous vous sentez redevable. Dans ce cas là, pensez au fait que si vous aimez donner, peut être que la personne qui est en face de vous aime, elle aussi, donner. 

 

Même si je n’aime pas particulièrement catégoriser, il faut tout de même que nous abordions ce point : si nous donnons en attendant en retour, nous donnons pour les mauvaises raisons. En effet, nous ouvrons la porte à la déception, à la frustration, à l’incompréhension. 

 

Si Noël est pour vous un concours de celui qui dépensera le plus, je pense que vous ne savourerez pas les cadeaux. Je vous avoue que cette idée de devoir dépenser une grosse somme pour offrir un cadeau sans avoir honte de l’offrir me concerne aussi. Encore aujourd’hui, je sens comme une pression de dépenser une somme d’argent conséquente pour les cadeaux que j’offre, avec l’idée que si je dépense peu, la personne en face de moi sera déçue, ou se sentira eue. Pour autant, je n’aime pas que l’inverse se produise et je préfère ne rien recevoir. 

 

Enfin… maintenant si… mais je travaille encore sur moi pour arrêter de me mettre des pressions inutiles. 

 

Et bien entendu, je ne dis pas que dépenser beaucoup d’argent dans les cadeaux est forcément quelque chose de mauvais. C’est très bien si c’est ce que l’on veut vraiment faire, pour faire plaisir, sans attendre que la personne en face de nous fasse la même chose. 

L’idée principale ici est donc de ne rien attendre. Il est vrai que c’est quelque chose qui ne fait pas consensus. Et nous entrons alors dans un débat très philosophique. Vous connaissez peut être la citation de Confucius : 

 

Exige beaucoup de toi-même et attends peu des autres. Ainsi, beaucoup d’ennuis te seront épargnés.

 

A côté de cela, Simone de Beauvoir nous disait : 

 

J’attends beaucoup des gens que j’aime – trop peut être. J’attends et même je demande. Mais je ne sais pas exiger. 

 

Comment concilier les deux ? Vous êtes plutôt dans le camp de Confucius ou dans le camp de Simone ? 

 

Difficile de lier les deux tant ils semblent opposés. D’un côté, en n’attendant rien des autres, nous nous assurons de compter sur la seule personne de notre monde qui est fiable : nous mêmes. De l’autre, en n’attendant rien des personnes de notre entourage… de qui nous entourons-nous ?! 

 

Nous entrons alors dans des considérations assez compliquées, qui peuvent faire débat et qui viennent poser la question de nos relations sociales. Nous n’irons pas jusque là ensemble, car le temps nous est compté. Au moins, vous avez devant vous quelques questions intéressantes à poser. 

 

Pour compliquer un peu plus les choses, il est aussi possible de trouver des degrés dans ce que l’on peut attendre. Ainsi, attendre un merci et attendre un cadeau équivalent sont deux choses différentes. 

 

Si nous attendons un cadeau équivalent, nos intentions ne sont pas désintéressées. Si nous attendons un merci, nous attendons quelque chose de plus “facile” à obtenir, qui nous est dicté par les conventions sociales, le mot merci étant ce qui est convenu pour attester de sa gratitude. Au point d’ailleurs où il est bien souvent donné de manière automatique, sans réel sens derrière. 

 

La bonne nouvelle, c’est qu’il vous appartient de vous faire votre propre opinion, et de choisir ce que vous attendez et ce que vous n’attendez pas. La seule certitude que vous pouvez avoir, quand vous donnez et quand vous recevez, c’est que vous avez un contrôle sur votre réaction. 

 

Je voudrais tout de même souligner avec vous un point important. Je vous parlais, dans la première partie, de notre vulnérabilité, et du fait que lorsque nous n’acceptons pas de recevoir, nous nous gardons d’une occasion de se montrer vulnérable. Je voudrais vous proposer quelque chose. Ne rien attendre des autres nous paraît sain, n’est-ce pas ? En tout cas, pour moi c’est la meilleure solution. Cependant, dire que nous n’attendons rien des autre n’est-il pas aussi un moyen de ne pas exposer notre vulnérabilité ? 

 

C’est une question ouverte, à laquelle je réfléchis encore. Si vous avez un avis sur la question je serais heureuse de vous lire. 

 

Bien entendu, je ne vais pas conclure avec cette question et vous laisser avec plus de questions que de réponses… même si le fait de se poser des question est aussi très bénéfique. 

 

Pour résumer nous avons vu que nous pouvons éprouver des difficultés à recevoir, et que dans ce cas là, nous pouvons travailler sur l’acceptation de notre vulnérabilité, et s’ouvrir à ce qui vient à nous. Nous pouvons choisir d’aborder les choses différemment et de recevoir pleinement. Cela nous ramène à nos émotions, je vous proposais dans un épisode précédent de laisser venir toutes les émotions, même les émotions sur lesquelles ont met une étiquette négative. Recevoir pleinement c’est s’ouvrir autant à la gratitude qu’à la peur.

 

Ensuite, nous avons fait un point rapide sur nos intentions lorsque l’on est de l’autre côté, et que l’on donne. Je vous ai proposé deux idées : attendre en retour, ou ne pas attendre des autres. Le choix vous appartient, et la aussi votre mission sera d’accepter les émotions telles qu’elles viennent, tout en modulant vos pensées bien entendu. Si vous choisissez d’attendre en retour, alors laissez une petite place pour la frustration car elle pourrait bien arriver, autant que la gratitude. 

 

J’espère que cet épisode vous aura aidé a y voir un peu plus clair ! 

Et si vous vous y prenez tard pour les cadeaux, mais que vous avez envie de faire quelque chose de réfléchi et de bienveillant… il y a Yogi Lab ! Nous vous offrons la possibilité d’entrer l’adresse e-mail de la personne à qui vous voulez offrir un accès à Yogi Lab, que ce soit pour 1 mois, 3 mois ou 1 an ! Elle aura un compte créé automatiquement et un accès aux cours ! Plutôt cool non ? 

 

Je vous laisse ici les yogis… et j’espère que vous passerez tous et toutes de très bonnes fêtes, que ce soit en famille, avec votre chat, ou même avec votre canapé ! A très bientôt et comme toujours, merci pour votre écoute !