Flow et yoga

Le grand guide du flow (et son lien avec le yoga)

Si la notice pour se construire une vie heureuse et comblée de joie n’est pas universelle, trouver sa propre version nécessite donc un travail individuel. Il ne s’agit pas d’une recette que l’on peut prendre en note et reproduire mais plutôt d’une recherche que l’on doit mener personnellement.

Mais cela ne veut pas dire que nous sommes seuls et que nous devons forcément partir de zéro. Il est tout à fait possible d’appréhender les grands principes d’une vie pleinement réjouissante et de s’en servir pour se guider dans nos recherches. Nous ne cherchons alors plus le bonheur les yeux fermés mais avec une boussole et une map extrêmement détaillée.

Plutôt réjouissant non ? Nous pouvons suivre les instructions données par les dernières décennies de recherche en psychologie et facilement tronquer des instants de vie en mal de sens par des bouffées de plaisir profond !

Dans cet article, je vous propose de remonter le fil de cette quête sur le bonheur pour regrouper les indications les plus précises et les plus utiles qui soient pour s’orienter efficacement.

Nous allons explorer la notion de flow, dont nous entendons de plus en plus parler et qui rassemble tous les points communs de nos moments les plus heureux. Un pilier du bonheur que nous allons chercher à consolider pour répliquer autant que possible ces instants intenses et jouissifs.

Tout d’abord, un peu de contexte

Pour comprendre le flow et en apprécier pleinement l’impact, commençons par étudier le contexte de sa découverte.

Tout est parti d’une question : « Quand nous sentons-nous le plus heureux ? ». Effectivement, si nous pouvions répondre à cette question de façon précise, nous serions en mesure de considérablement augmenter la part de bonheur dans nos vies.

Alors, très vite, il apparait évidemment que la réponse n’est pas à chercher du côté de son compte en banque ou de l’influence que l’on a. Cela ne surprendra absolument personne mais puisque cette question a été étudiée par la science, il fallait donc en tout premier lieu mener notre recherche de façon méthodique.

Nous avons donc conduit des études pour appréhender « le niveau de bonheur » de milliers de personnes et ce, indépendamment de leur statut social ou de quelconques facteurs pouvant affecter d’une manière ou d’une autre la joie et le plaisir de vivre.

Certains étaient riches, d’autres sous le seuil de pauvreté, certains avaient des emplois à responsabilité et un poste conférant beaucoup de pouvoir, d’autres étaient employés, indépendants, sans emploi…

Et ce que ces recherches nous ont montré, c’est que le bonheur ne dépend pas « d’éléments extérieures » mais plutôt de notre intériorité. Bien sûr, gagner un million d’euros peut affecter notre qualité de vie, mais parce qu’il s’agit d’un facteur « extérieur », on peut trouver des milliardaires en dépression.

Le fruit de ce travail de recherche a donc été de mettre en évidence l’absolue nécessité d’un « intérieur » choyé et l’aspect presque dérisoire des éléments extérieures.

C’est donc avec les curseurs de notre vision des choses qu’il faut jouer et non les éléments externes.

Comme le dit très bien Tiphaine dans le podcast Une Vie De Yogi : « ce n’est pas ce qu’il nous arrive mais ce que l’on en fait ». Et ce constat est à la base de la sagesse yogique, du zen ou encore du stoïcisme, la philosophie des Marc Aurèle, Sénèque et Épictète.

Ce dernier disait par exemple : « Les hommes sont tourmentés par l’opinion qu’ils ont sur les choses et non sur les choses elles-mêmes ». Marc Aurèle, lui, écrivait par exemple : « Si tu t’affliges d’une cause extérieure, ce n’est pas elle qui t’importune, c’est le jugement que tu portes sur elle. »

Comme on peut le lire dans l’ouvrage « Vivre » dont l’auteur sera au cœur du reste de l’article : « le bonheur est un état auquel il faut être préparé, que l’on cultive et que l’on défend ». Celles et ceux qui apprennent à contrôler leur intérieur seront à même d’influencer leur engouement et de facto leur bonheur.

Le flow, qu’est-ce que c’est ?

En français, on parle d’expérience optimale et cette notion, on la doit à Mihaly Csikzentmihalyi, le père de la psychologie positive. Si son nom est imprononçable, ses travaux sont heureusement plus simples à manier.

Dans les années 80, il conceptualise le flow et s’appuie sur une expérience ingénieuse pour en dessiner les contours. Mais avant de la décrire, parlons un peu du flow en soi.

Le flow, c’est un état de conscience, un état dans lequel on se sent le mieux, dans lequel on est le plus efficace. Dans cet état, on est tellement absorbé, tellement concentré par ce que l’on fait que tout ce qui se passe autour de nous disparaît. On entre dans la pleine conscience, on perd la notion du temps (qui passe alors très vite), on perd même la notion du moi et on expérimente une satisfaction profonde.

Tout est simple, sans effort et s’enchaine très facilement, même ce qui aurait parfois pris des heures. On devient alors un monstre de productivité et d’efficacité ! Les artistes se libèrent et signent leurs plus belles œuvres, les sportifs se transcendent et atteignent leurs meilleures performances… Dans le flow, on repousse ses propres limites et on libère son meilleur potentiel.

Concrètement, dans la vie de tous les jours ? Ce bouquin que vous dévorez jusqu’à manquer votre arrêt et lever le nez un bon quart d’heure trop tard, cette discussion dans laquelle vous vous faites absorber au point de ne pas avoir vu le temps passer, cet après-midi de travail où vous vous êtes senti.e incroyablement efficace jusqu’à vous en surprendre, ce moment où dans votre sport quel qu’il soit, tout autour de vous est comme légèrement ralenti et vous laisse le temps d’agir avec perfection, dans une parfaite harmonie…

Le flow en détails

Revenons à cette étude dont je vous ai parlé. Réalisée par Csikzentmihalyi lui-même et son collègue Larson, elle nous a permis de comprendre les fondements du flow.

L’idée est simple, ils ont donné un beeper à des milliers de personnes et l’ont fait sonner 8 fois par jour à des intervalles toujours différentes. Quand il s’activait, les sujets devaient répondre à un court questionnaire qui visait principalement à savoir :

  • Ce qu’ils étaient en train de faire
  • Ce à quoi ils pensaient
  • Leur niveau de bonheur estimé

Ce que nos deux chercheurs ont constaté après des jours et des jours d’étude (avec donc une quantité incroyable de données), c’est que plus ce que les sujets étaient en train de faire était lié à ce à quoi ils pensaient, plus ils rapportaient être heureux.

Un constat qui fait la vie dure à notre multitâche si valorisé aujourd’hui et qui se fait l’appui scientifique du moment présent. Et à la clé on a donc une sensation de satisfaction prononcée, une concentration intense… et plus encore !

Le flow pour la créativité et la diminution du stress ?

On observe quelque chose de très intéressant lorsque l’on expérimente l’état de flow : une hypofrontalité transitoire (nous avons déjà abordé cette notion dans mon article sur le Yoga Nidra)

Concrètement, il s’agit d’un décrochage du cortex préfrontal, la partie du cerveau derrière laquelle se trouve notre logique, notre lucidité, la planification des tâches dans le temps, etc. Notre cerveau redistribue son activité et met le cortex de côté, déclenchant ainsi plusieurs effets.

A commencer par une présence prononcée ! Et oui, plus de planification des tâches signifie plus vraiment de futur ni de passé, le moment présent a donc un boulevard pour lui tout seul. Nous sommes plus efficaces et plus performants puisque moins distraits par ce que l’on a fait ou ce que l’on devra faire. On est là, maintenant, tout de suite.

Une autre conséquence très intéressante de cette redistribution, c’est la diminution du stress. En effet, la plupart de nos peurs se trouvent dans le futur, la plupart de nos frustrations dans le passé, donc plus de moment présent se traduit également par moins d’anxiété et une dynamique hormonale du stress relativement calme. D’autant que « flow = satisfaction prononcée » !

Enfin, concernant la créativité, c’est du côté de la notion du soi (self) que nous allons y gagner. Localisée dans notre cortex préfrontal, cette dernière va donc s’estomper et faire taire avec elle notre auto-critique parfois bloquante. Rien de mieux pour fluidifier le passage à l’action, prendre des risques, foncer sans se poser de question… Créativité libérée !

La chimie du Flow

Sur le plan chimique, le flow est tout aussi singulier. Il s’agit de la seule configuration dans laquelle on retrouve simultanément ces 5 molécules :

  • Norépinéphrine
  • Dopamine
  • Endorphine
  • Anadamide
  • Sérotonine

Indépendamment de leurs effets respectifs, il est surtout question de synergie. Ce cocktail a sa saveur propre et nous confère entre autres :

  • Des facilités d’apprentissage
  • Un gain considérable de motivation
  • Une fluidité créative considérable avec notamment une prise en compte de davantage d’informations, des connexions plus rapides et une plus grande prise de risques
  • De meilleures performances physiques

Comment provoquer le flow ?

Pour cette question pratique, il est important de nuancer la situation. Le flow est « accessible » et non « déclenchable ». On ne peut qu’au mieux le favoriser. En aucun cas il est question d’interrupteur ON/OFF que l’on pourrait actionner aussi simplement que ça.

Pour favoriser l’émergence du flow, nous avons aujourd’hui une checklist assez précise :

  • Faire face à un challenge complexe, difficile mais relevable et qui requiert un usage aguerri de nos compétences
  • Une pleine concentration (qui s’obtient relativement facilement si notre challenge nous mobilise pleinement)
  • Un objectif clair et des retours précis et immédiats sur ce que l’on est en train de faire

L’exemple très simple donné par Mihaly Csikzentmihalyi est celui d’un débutant au tennis. Dans un premier temps, ses compétences ne lui permettent que de renvoyer la balle de l’autre côté du filet. Cela mobilise l’entièreté de sa concentration et de ses capacités, le challenge est optimal, son objectif est clair et les retours d’informations sont on ne peut plus simples (il voit la balle passer ou non le filet).

En revanche, après quelques temps, sa dextérité va augmenter, ses coups seront plus assurés et le renvoi pur et simple de la balle ne sera plus suffisamment stimulant. Le challenge sera trop simple et ne sera plus vecteur de flow. La solution sera alors de lui rajouter un adversaire d’un niveau égal ou légèrement supérieur pour retrouver un niveau de difficulté pleinement stimulant. Sa concentration sera de nouveau requise à 100% et le challenge idéal.

Le lien formidable entre flow et Yoga

Tandis que l’Ouest s’est embranché dans une évolution matérielle remarquable, prompt à s’entourer de ressources consommées toujours plus vite et massivement, l’Orient a affiné au fil des siècles sa maitrise du corps et de la conscience par le biais de nombreux courants.

Les arts martiaux, largement influencés par le zen et le taoïsme ont été des piliers de cet éveil. Judo, jujitsu, kung fu, karate, T’ai Chi… autant de disciplines à l’origine de cette grande finesse de la conscience.

Et parmi les plus anciennes figure le yoga ! Le contrôle de l’attention à travers une discipline mentale et physique, la pratique de la méditation, la recherche d’une conscience puissamment ancrée, si l’on étudie le yoga et ses 8 membres avec notre tableau maintenant bien dessiné du flow, on peut y voir une très forte connexion.

Yama et Nyama, les deux premiers membres, nous amènent à cadrer nos actes par des commandements moraux (la maitrise des passions et des émotions) et la discipline pour une attention davantage maitrisée.

Asana et Pranyama, les troisième et quatrième membres, nous amènent au triomphe sur le corps et à la maitrise de l’esprit par le contrôle de la respiration.

Pratyahara, le cinquième membre, vient renforcer le contrôle de l’esprit en nous libérant de la domination des sens et des objets du désire.

Dharana et Dhyana canalisent cette énergie concentrée et renforcent notre contrôle à travers la méditation et la contemplation.

Enfin, nous avons le Samadhi, la finalité du yoga dont l’expérience est rapportée comme la plus heureuse et empreinte de joie que les yogis aient jamais vécue.

Comme Mihaly Csikzentmihalyi, le dit lui-même : « En réalité, cela fait sens de concevoir le yoga comme une activité minutieusement planifiée pour atteindre le Flow. Yoga et Flow nous conduisent à une concentration intense, laquelle est rendue possible par une véritable discipline (avec les codes moraux et personnels pour le yoga d’une part, et par les conditions à remplir listé plus haut dans l’article pour entrer en flow d’autre part) ».

Le Flow en bref

Quoi ?

Le flow est donc un état de performance optimale qui s’accompagne d’une forte satisfaction. Nous l’avons conceptualisé en réunissant les points communs de toutes les réponses collectées sur des dizaines d’années à la grande question : « quand sommes-nous le plus heureux ? »

Comment ?

Pour voguer en direction du flow, il faut donc aligner ce que l’on fait et ce à quoi on pense. Il faut être centré sur une seule et même tâche, et pour en tirer le maximum, y voir un intérêt, s’amuser et créer, être stimulé et challengé.

Pour quoi ?

  • Une efficacité poussée à son maximum et ce, qu’importe la tâche (jeu, sport, activité professionnelle)
  • Une pure satisfaction. Nous nous sentons merveilleusement bien
  • Une concentration intense, un moment présent vécu à 100%
  • Une créativité libérée
  • Une stress subi réduit au minimum

De la théorie à la pratique

Et la conclusion est toute faite ! Optez plutôt deux fois qu’une pour un grand moment de présence, un moment de concentration satisfaisante et productive. Laissez-vous absorber et profitez de cet excellent réflexe bien-être derrière vos temps de pratique sur Yogi Lab. Les séances en vidéo vous apportent une solution très simple et très pratique pour passer à l’action facilement et stimuler l’état de flow dans la semaine.

Exit le multitâche, ou du moins, allons-y mollo. Moins, c’est plus. Vous l’avez surement entendu et lu partout, et de prime abord, il s’agit d’un concept relativement abstrait, il faut l’avouer. Seulement maintenant, vous connaissez la réalité scientifique derrière cette belle ritournelle. Le mono-tâche vous emmène bien plus loin et vous apporte bien plus de satisfaction !

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