« Je n’ai pas le temps », et c’est vrai ! Ou pas…

« J’aimerais faire du piano, lire, faire du yoga, préparer davantage mes repas pour être sûr.e de bien manger tous les jours de la semaine… Mais je n’ai pas le temps pour quoi que ce soit. »

Cette discussion est très courante, elle traduit un sentiment que nous sommes beaucoup à partager et elle s’argumente. A vrai dire, il s’agit d’un constant, nous savons très bien l’expliquer. « C’est la course cette semaine », « c’est le grand rush en ce moment ! », voilà les réponses typiques lorsque l’on croise une connaissance dans la rue.

Nous vivons aujourd’hui à un rythme effréné, nous ne l’inventons pas, c’est concret. Se préparer le matin, aller travailler, déjeuner, travailler, rentrer, gérer la maison, les enfants, préparer le lendemain, etc.

Mais en parallèle, il y a tous ces exemples de femmes, d’hommes, de couples, qui parviennent à jongler avec une vie professionnelle prenante, leur vie de famille, une vie sociale épanouie et des activités sportives et récréatives régulières. Il y a de la constance, et même des voyages !

En y pensant, il y aurait de quoi remettre beaucoup de choses en question si nous n’étions pas rattrapés en quelques secondes par notre quotidien haletant.

Aujourd’hui, je vous propose de mettre pause quelques instants. De questionner un peu la situation et de réfléchir ensemble. Qu’y a-t-il chez ces personnes qu’il n’y a pas chez nous ? Comment font-ils ?

Et si tout était une question de perception ? Et si nous l’avions ce temps, mais que notre cerveau nous bouchait la vue ?

Mon exemple préféré pour mettre en lumière cette possibilité, c’est celui de la canette de coca. Si vous la tenez droit devant vous et que je vous demande ce que vous voyez, en 2D, vous me répondez : « un rectangle ». Si vous la tenez cette fois-ci comme une longue vue, vous me répondez « un cercle ». Il s’agit pourtant du même objet, mais avec une autre approche, vous en avez vu deux formes totalement différentes.

Vous avez une idée ? Je vous donne un indice : la réponse se trouve du côté de notre logique, ou plutôt de ses failles ! Parlons maintenant des biais cognitifs.

Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

Il s’agit d’une erreur de notre logique. Celle-ci est formidable, très efficace, mais peut parfois buguer et nous amener à complètement nous louper. Un exemple ? Répondez très rapidement, instinctivement : combien de doigts ai-je dans une main ? Combien de doigts ai-je dans deux mains ? Et dans dix ?

Si vous avez répondu 5, puis 10, puis 100. C’est normal ! Mais c’est faux ! Dix mains, avec 5 doigts par main, ça nous fait 50.

Vous en avez encore un, relativement connu mais qui fait toujours sourire. Encore une fois, répondez le plus rapidement possible, instinctivement. Quelle est la couleur d’un nuage ? Quelle est la couleur d’une dent ? Quelle est la couleur d’une feuille de papier ? Quelle est la couleur de la chaire de la noix de coco ? Que bois une vache ?

Du lait ? Presque ! Comme le dit Albert Moukheibert avec amusement : « Je n’ai pas encore vu de rivière de lait, mais soit ! ».

Un biais cognitif, c’est donc un gros loupé de notre logique. Les deux que nous avons vu là ne sont pas gênants pour la vie quotidienne, mais certains peuvent le devenir. C’est le cas de l’énigme de la mémoire et de l’expérience de Daniel Kahneman, dont je vous parlerai prochainement, et c’est aussi le cas du biais cognitif qui nous intéresse aujourd’hui : le biais de confirmation.

L’idée ? Vous allez constamment chercher à conforter votre avis. Vous allez relever dans votre environnement tout ce qui appuie votre position, vos idées préconçue, et accorder moins d’importance aux informations en défaveur.

Pourquoi relier le biais de confirmation à ce sentiment d’être constamment pris.e par le temps ? Parce que plus nous pensons que nous n’avons pas le temps, plus notre cerveau cherche à nous en convaincre et ne relève que les informations qui le confirment.

La solution ? Inverser l’approche, observer de façon plus neutre, se convaincre que nous avons du temps, et laisser notre cerveau se mettre à relever tous ces signaux qui montrent que si, en somme, nous l’avons ce temps !

Nos journées feront toujours 24h, rien n’aura changé, si ce n’est que vous aurez désormais l’impression d’être au calme, avec du temps pour vous et vos projets.

Plusieurs façons de voir les choses

Pas convaincu.e ? Listons quelques façons de voir le temps. Comme le fait remarquer Laura Vanderkam, l’auteur de nombreux livres sur la gestion du temps, tout est une question de relativité. Comme le disait Einstein, pour expliquer sa théorie : « Asseyez-vous une heure près d’une jolie fille, cela passe comme un minute; asseyez-vous une heure sur un poêle brûlant, cela passe comme une heure: c’est cela la relativité ».

On peut voir le temps de façon très factuelle et utiliser des repères très bruts. Notre journée est faite de 24h, chacune faite de 60 minutes, chacune faite de 60 secondes. C’est très « maitrisé », très stable.

Mais on peut y voir autrement ! Vous vous êtes déjà surement fait.e la réflexion, en vacances, que vous étiez relativement déconnecté.e. Vous sortez de votre routine habituelle, votre rythme est différent, et comme le dit Laura : « nous pouvons avoir l’impression qu’une semaine s’est écoulée avant que nous ne prenions notre petit-déjeuner ». Et que dire de ces moments où nous sommes pleinement absorbés par une discussion passionnante, et que le temps passe si vite que nous finissons en retard pour un rendez-vous ? Et ces bouquins que l’on dévore jusqu’à louper notre arrêt de tramway ?

L’ingrédient secret

La façon la plus courante que nous avons de perdre notre temps, c’est de ne pas être dans l’intention, dans le moment présent. Nous ne conscientisons pas réellement ce que nous aimerions faire avec notre temps, nous ne nous projetons pas. Nous pensons que nous n’avons pas le temps, donc nous ne réfléchissons pas concrètement à ce que l’on pourrait en faire si nous en avions. Et donc, lorsque l’occasion se présente, nous allons au plus simple. Nous n’avons pas intentionnellement réfléchi à ce que nous pourrions faire de notre temps libre, puisque nous sommes convaincu d’en manquer, et donc nous terminons sur notre téléphone à faire défiler notre feed sur les réseaux.

Un petit coup de pouce

L’exercice follement efficace de notre auteure est simple : faire la liste des 100 activités que l’on aimerait faire si nous avions plus de temps. On se creuse la tête, on visualise plus clairement ce que l’on ferait si nous avions du temps, et nous décuplons notre conscience de l’instant lorsque l’occasion se présente.

Son exemple est très parlant : « Pendant des mois je me suis dit que j’aimerais lire plus, mais je n’y ai pas mis plus d’intention que ça, je n’avais rien planifié à l’avance, et donc je n’avais pas vraiment de bon livre qui me plaisait sous la main. Lorsque j’ai planifié plus activement ma lecture, je me suis trouvé un bon bouquin et lire n’était plus une vague possibilité mais une réelle envie. Résultat, j’ai fini par commencer mon livre. 3 minutes par ici, 5 minutes par là, j’ai pu bouquiner et terminer un bouquin, chose que je n’avais pas fait depuis si longtemps et que je ne pensais pas avoir le temps de faire. »

100, c’est long, ça ne sort pas de notre tête comme ça, d’un coup, et l’effort pour y parvenir est très bénéfique puisqu’il nous amène à mettre l’accent sur le fait qu’en cas de temps libre, nous aimerions vraiment nous adonner à ces activités. Plus nous peinons à atteindre les 100 activités, plus l’exercice se fait efficace !

Ensuite, il ne reste plus qu’à les transformer. Il ne reste plus qu’à amener l’activité qui nous plait le plus du stade « j’aimerais » au stade « je ferai tout pour ». Pour les fans du podcast Une Vie De Yogi, vous aurez reconnu l’excellent exercice proposé par Tiphaine dans l’épisode 8 (que vous pouvez retrouver juste ici). Il n’y a pas mieux pour passer à l’action et transformer nos rêves de changement en réalité du quotidien.

L’art de la découpe

Un concept que nous devons désormais aborder pour consolider notre élan, c’est la façon dont nous concevons notre tâche, ce que nous souhaitons faire. Place au découpage !

Lorsque nous nous lançons sur un projet, un vilain piège nous guette : concevoir le projet dans son ensemble. Si je dois ranger toute ma maison, disons, pour un grand ménage de printemps, l’idée de nettoyer TOUTE ma maison est assez challenging. Dans ma tête, forcément, je visualise un effort conséquent sur une durée toute aussi conséquente. Et cela peut directement me mener à ce que l’on appelle un freeze. Autrement dit : un blocage. La tâche est trop importante et mon cerveau se lance dans une résistance tenace.

Mais si je conceptualise ce grand rangement plutôt comme constitué de plusieurs petites tâches et non plus comme une seule et grande tâche, j’efface d’un seul coup cet aspect « montagne à déplacer ». Il s’agit toujours d’un ménage de printemps, mais cette fois j’y vois le nettoyage de la cuisine, le nettoyage du salon, le rangement de la chambre, etc.

Découper une tâche en petites « sous-tâches » nous aide à passer à l’action.

Le milieu de la semaine, ce n’est pas mercredi

Enfin, une dernière approche qu’il me parait important d’aborder, qui peut radicalement changer la donne et que l’on doit une nouvelle fois à Laura Vanderkam, est celle qui consiste à réajuster notre milieu de semaine.

Pour tout le monde, le milieu de la semaine, c’est mercredi. Mercredi midi, si on veut être plus exact. Mais si nous y réfléchissons cinq minutes, nous pouvons sentir que quelque chose cloche…

La semaine débute lundi, disons, vers 7h00. Et nous sommes d’accord, notre semaine compte 7 jours. Donc la fin de la semaine, c’est plutôt dimanche soir. Pas vrai ?

En prenant du recul, notre milieu de semaine est donc plutôt situé jeudi à 19h00. Si nous concevons notre semaine comme allant de lundi à vendredi, évidemment, pour beaucoup, elle sera déséquilibrée en faveur du travail, du rythme assez soutenu de la préparation du matin, de la cuisine rapide, des soirées ou la fatigue commence à se faire sentir…

Mais si nous la concevons dans son ensemble, tout s’équilibre. Vie professionnelle, vie sociale, vie de famille, temps pour soi. Tout s’équilibre et notre tandem samedi-dimanche ne traduit plus « l’absence de travail » mais du temps pour nos autres activités (et donc plus de conscience de l’instant, plus de guide, tout comme au travail).

A elle seule, cette conception de la semaine peut pousser bon nombre d’entre nous vers une meilleure productivité simplement par l’approche. La semaine fait toujours 168 heures, nous dormons toujours 8h, travaillons 7h, etc. Seulement elle semble plus légère, plus répartie, et donc plus propice aux activités pour lesquelles nous pensons souvent « je n’ai pas le temps ».

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