Être plus zen #3 – Nos Fonctionnements – Pourquoi on se concentre sur le négatif et comment y remédier

Et si, pour ce troisième rendez-vous de la série d’articles consacrée au zen sur Yogi Lab, je ne vous présentais pas un outil mais un nouvel angle de vue ? Et si, avec une réflexion en somme toute simple, nous remettions de l’ordre dans tous ces comportements liés au stress, à la pression du quotidien et aux sollicitations incessantes d’une vie moderne parfois trop rapide ? Un recul à même de briser le lien avec lequel notre société nous chahute, et de faire perdre grip aux détracteurs de notre pleine sérénité.

Aujourd’hui, je viens avec une pensée qui vous fera sourire, hocher la tête comme en plein déclic, lever les yeux au ciel puis repartir tout sourire à votre belle journée. Prêt.e ? Allons-y ! Partons du principe pour les 10 prochaines minutes que pour #ÊtrePlusZen, il faut tout simplement comprendre nos origines.

_ Qui sommes-nous ?

_ Hum… des êtres humains ?

_ OK. Et où sommes-nous ?

_ Sur Terre, au 21ème siècle ?

Parfait. Rien d’inexacte ici, seulement, laissez-moi y ajouter quelques précisions. Nous sommes des êtres humains, une espèce de la famille des hominidés, le dernier représentant du genre « homo », que l’on nomme homo sapiens sapiens, et dont les traces les plus anciennes remontent à 300 000 ans.

Et nous sommes sur Terre, une planète formidable et intrigante qui propose à ses habitants, et ce depuis leur arrivée, un jeu passionnant que l’on nomme la sélection naturelle. Pour gagner, il est question de s’adapter à un environnement en constante évolution en optimisant le moindre de ses mécanismes. Chaque espèce ne dispose que d’un seul essai et doit compter sur des temps d’action un brin longuets – comptez par exemple quelques dizaines de milliers d’années pour apporter une petite modification comme perdre ou gagner 3 à 5 centimètres de taille, éclaircir sa peau pour mieux synthétiser la vitamine D ou encore la foncer pour se protéger des UV…

Dit autrement, d’une part, nous sommes construits sur les bases d’un homme vivant il y a plusieurs centaines de milliers d’années, et d’autre part, le monde moderne dans lequel nous vivons remonte, à l’échelle de l’homme et de sa capacité d’adaptation, à une fraction de seconde seulement.

Il n’a donc pas encore eu le temps de s’adapter à quoi que ce soit du 21ème sicèle.  Notre « câblage » neurologique, la façon dont notre organisme est bâti et interagit avec son environnement, cette mécanique est encore celle d’un homme dont l’unique préoccupation au réveil était de manger et de ne pas se faire manger.

Et il en va de même pour notre psychologie, la façon dont notre cerveau articule sa pensée, use plus ou moins efficacement de sa logique et de sa rationalité, assure sa prise de décision, catégorise et range les faits et ses expériences.

Vous voyez où je veux en venir ? Nous sommes dans les basquettes d’un individu qui fera tout pour éviter les dangers (et pour ça, il dispose d’un excellent réflexe : surligner chaque point négatif et chaque élément remettant potentiellement en question sa survie) et qui n’aura que faire du positif (mémoriser les beaux instants du jour n’a aucun intérêt s’il est uniquement question de survivre – le chant des oiseaux, c’est magique par une belle matinée de printemps mais ça n’aide pas à éviter les dangers).

De nature pessimiste ?

Et si nous tenions là le grand pourquoi de cette formidable capacité que nous avons à nous faire un sang d’encre pour à peu près tout, ainsi qu’à envisager avec une facilité déconcertante les pires scénarios lorsque quelque chose nous déplait ?

Un talent que Sénèque verbalisait avec brio il y a deux mille ans avec cette citation forte : « nous souffrons plus de l’imagination que de la réalité ».

Jouons quelques instants. Imaginez-vous il y a 20 000 ans, obligé.e de vous abriter à cause d’une giboulée phénoménale. Ne valait-il mieux pas faire trois fois le tour de la grotte pour être sûr.e d’être en sécurité avant d’allumer un feu, plutôt que de flasher sur la belle couleur des pierres, de s’installer confortablement, et de se faire dévorer par une bestiole bien planquée ?

Continuons cette expérience de pensée. Une fois l’averse passée, sur le retour, en pleine forêt, alors que votre chemin se divisait en deux sentiers, si en prenant à gauche, vous traversiez une belle clairière très calme dans laquelle vous pouviez entendre les oiseaux chanter et croiser quelques beaux chevreuils, vous aviez bien moins de chance d’ancrer l’instant que si, en prenant à droite, vous traversiez un sentier escarpé qui vous avait vu à deux doigts de terminer dans un ravin. Là, vous aviez toutes les chances de noircir le tableau, d’amplifier le danger auquel vous veniez de vous exposer pour être sûr.e et certain.e de ne pas vous y confronter de nouveau.

Voilà pourquoi de nature, nous allons très facilement ancrer le négatif de notre journée, négliger grossièrement le positif, et classer nos souvenirs sans une once de rationalité. Aujourd’hui, en occident, notre vie n’est plus remise en cause chaque matin, mais nos fonctionnements restent survivalistes. Détecter le négatif, l’amplifier pour l’éviter à l’avenir, manger, dormir, et rebelotte.

Ce dernier point, la façon dont notre cerveau catégorise et labellise dans un sens nos souvenirs est derrière ce que l’on appelle l’énigme de l’expérience et de la mémoire soulevée par Daniel Kahneman. Cette réflexion démontre que notre sauvegarde des évènements est altérée par les pics émotionnels et la fin de l’expérience elle-même.

Je m’explique, et pour cela, rien de mieux qu’une anecdote ramenée par Kahneman lui-même. A la fin d’une de ses conférences, un vieil homme est venu lui faire part de son expérience. Il avait eu la chance d’écouter une œuvre fraichement exhumée de son compositeur de musique classique préféré. Il connaissait tout de lui, sa musique, sa vie, sa carrière ; imaginez-donc l’excitation avec laquelle il s’est lancé dans l’écoute de cette musique. « 20 minutes de pur bonheur ! », tels étaient ses mots pour décrire son expérience. Malheureusement, le vinyle fut mal pressé et à la toute fin de l’œuvre, un sifflement strident se fit entendre sur trois petites secondes. « Ça a tout gâché… », rapporta le vieil homme, le regard triste.

Vous l’avez ? 20 minutes de pur bonheur, trois secondes désagréables, et le souvenir est froidement rangé dans la colonne des souvenirs négatifs. Comment peut-on mieux mettre en évidence ce manque de logique dans notre catégorisation des souvenirs ? La fin de l’expérience pèse de façon démesurée dans le souvenir que nous en gardons et ce, toujours dans cette optique survivaliste d’accentuer les pics négatifs pour assurer sa survie.

L’homme d’il y a 30 000 ans n’avait pas pour vocation d’être heureux mais de survivre. Pensez à une rupture arrivée subitement après 5, 8, même 10 ans d’amour et de bonheur. Où réside le souvenir de cette relation la plupart du temps ? Certainement pas dans la case « les formidables expériences de ma vie ».

 

Comprendre notre nature

Il est donc question quelque part, dans notre quête du zen, de comprendre notre nature pour en déjouer les biais. Nous percevons le monde dans lequel nous vivons avec un filtre. Un filtre qui nous a aidé à survivre jusqu’ici en tant qu’espèce, mais qui n’est plus le plus adapté à notre vie moderne.

L’idée ? Agir en conséquence, user de notre maturité et de notre réflexion pour décoder nos réactions profondes et nous raisonner autant que faire se peut. Il me faudrait des lignes et des lignes, et à vous des heures et des heures pour que nous puissions faire le tour de ces cassures « homme – monde moderne », de leurs conséquences sur notre expérience d’être humain. Le principal, ce que je peux vous transmettre en un article, c’est l’importance de cette prise de recul, cette prise de conscience quant à notre nature qui met en lumière beaucoup des grands pourquoi de nos comportements.

Si nous savons comment nous fonctionnons, nous pouvons mieux agir. Ne vaut-il pas mieux savoir à quel carburant fonctionne une voiture avant de se rendre à la station service ?

Ce n’est pas à notre primaire d’évoluer, mais à notre évolué de faire son travail.

 

La grande question que l’on pourrait se poser maintenant, c’est comment mettre en pratique ces connaissances au quotidien. Selon-moi, tout réside ici : débrancher, mettre sur pause, poser les informations, décharger (avec l’écriture, en échangeant avec un bon ami), travailler la pensée primitive comme on taille une pierre. Vous voyez l’idée ?

J’espère que ce troisième volet de notre série #ÊtrePlusZen aura captivé votre attention. Son format est un peu spécial et son contenu peut-être moins pratico-pratique, de prime abord, que les deux précédents. Mais il pose une réflexion qui selon moi pourrait presque servir de base à la quête de zen au 21ème siècle.

 

Auteur – Rémi du site internet CoachingFruité.fr

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